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Yémen: la route de la myrrhe et de l’encens

C’est en novembre 2006 que je me suis rendue au Yémen.

L’idée de me rendre là-bas m’était venue suite à la rencontre d’un autre voyageur qui y était déjà allé. Il m’avait vanté la beauté de l’architecture et m’avait vivement recommandé d’aller y faire un tour.

L’agence montréalaise avec laquelle j’ai fait affaire a, via une agence française, trouvé un séjour qui me convenait: découverte du pays et quelques heures de randonnée par-ci par-là.

        Oups!!!

Ma faute, ma très grande faute… j’ai manqué mon avion!!!

Je m’explique. Le voyage débutait le 6 novembre. Le 5, je m’adonne à regarder les billets d’avion… mon vol est le 5 novembre!!! Je me rends en catastrophe à l’aéroport: l’avion n’a pas encore décollé… fioooou!!! Mais on ne me laisse pas procéder à l’embarquement car les portes sont fermées… il est trop tard!
Le voyage débutait effectivement le 6 novembre mais… pour les français! Moi, qui étais au Canada, je devais partir le 5 pour être là-bas le 6.

J’ai, le lendemain, communiqué avec l’agence qui a pu faire les arrangements nécessaires pour que je puisse me rendre là-bas et rejoindre le groupe. Chanceuse dans ma malchance!

Arrivée à Sanaa

En raison du délai, j’arrive à Sanaa sans savoir s’il y aura quelqu’un pour m’accueillir à l’aéroport. Oui, j’ai l’adresse de l’hôtel mais j’arrive en soirée, il fait noir et je ne suis pas très à l’aise.

À la sortie de la douane, il y a un représentant de l’agence qui est là. Je suis soulagée et bien contente. On me reconduit à l’hôtel qui est situé dans la vieille ville. Ma chambre est située dans les hauteurs. J’ai une belle vue de la ville.

Itinéraire:

  • province de Hadramaout (Sayun, Al Mashad, plateau du Jawl et vallée de Wadi Dawan, Sif, Al Hajjarayn, Shibam)
  • province de Shabwa
  • province de Marib (temples du Soleil et de la Lune, digues de Marib, Marib et vieux Marib)
  • Sanaa
  • province de Ibb  (Jiblah, djebel Rabadi)
  • province de Taizz
  • province Al Hudayda (Khokha, Zabid, Bayt al Faqih)
  • province de Sanaa (djebel Haraz, Al Hajjara, Manakha)
  • province de Al Mahwit (Kawkaban, Shibam, Thilla, Wadi Dhahar)
  • Sanaa

Mon groupe ayant quitté la veille, je me joins au groupe de Didier. Didier est un jeune guide yéménite de l’agence. Sympathique, il parle un excellent français. Il m’explique que je vais retrouver “mon” groupe en fin de journée.

Première étape… l’aéroport. Nous prenons un vol intérieur pour nous rendre dans la province de Hadramaout dans l’est du pays.

Province de Hadramaout

Sayun

Sayun, la “ville au million de palmiers”, est la plus grande ville de la vallée du Hadramaout.
Nous visitons le Palais du Sultan. C’est un immense bâtiment de plâtre blanc, pratiquement vide, qui a été transformé en musée.
De la terrasse, on a une belle vue de la ville et des environs.

Nous poursuivons notre route et croisons, en dépit de la chaleur, des femmes couvertes de la tête aux pieds.
Nous nous arrêtons près d’une fabrique artisanale de chaux. On en profite pour se dégourdir les jambes.

Al Mashad

Sur la route, nous croisons de nombreuses constructions de terre. Certaines d’entre elles nécessiteraient de bonnes réparations!
À Al Mashad, nous nous arrêtons aux tombeaux de Ali Ibn Hassan. C’est un complexe de 5 tombeaux. Seuls les visiteurs musulmans peuvent entrer sous les dômes et en faire la visite. Il y aurait, parait-il, de superbes tombeaux de bois sculpté et recouverts de bronze.
Tout près, un arbre à myrrhe. La myrrhe, une résine aromatique, a fait partie des cadeaux apportés à Jésus par les Rois Mages.

Vendeur yéménite à l’entrée du complexe. Colliers, bracelets, coffrets…

Il tient, entre les mains, le collier qu’il m’a vendu. Il m’avait assuré que le collier était fait de corail. Il m’avait dit que je pouvais me fier à lui. Après quelques années, je me suis rendue à l’évidence, le “corail” s’est mis à se déformer. Ce n’était, en fait, que du plastique coloré.

Dommage, c’est ce qui fait qu’on perd confiance.

Plateau du Jawl et vallée de Wadi Dawan

Nous arrivons au Khailah Palace Tourist Hotel. C’est de toute beauté.
C’est ici que je laisse Didier et son groupe pour aller rejoindre le mien, pas très loin, sur le plateau du Jawl… et faire du camping!
Le plateau du Jawl est un plateau pierreux, rocailleux et poussiéreux. Du campement, on peut apercevoir la vallée verdoyante du Wadi Dawan.

Le lendemain, c’est au bruit d’une “pépine” que je me réveille. Je me demande encore ce qu’elle faisait là!
Il est encore tôt. On en profite pour aller se balader dans les environs avant de reprendre la route.

Le “qat”.
Le “qat” est un stupéfiant. L’arbuste est couramment cultivé au Yémen. Ses feuilles, gardées fraîches, sont mâchées et remâchées jusqu’à l’extraction de la substance en question et l’obtention des effets désirés.

C’est le qat du guide. Craignant d’en manquer, il avait pris la précaution d’en acheter davantage et avait pris bien soin de le garder hydraté. Un véritable fléau. À tous les jours, on voyait nos guides et nos chauffeurs en consommer et à tous les jours on voyait leur comportement changer. Pas rassurant que de savoir que la majorité des conducteurs sur la route sont sous l’influence du qat.

D’après ce que je comprenais et ce que je voyais, la majorité de la population en consommait.

Il fait toujours aussi chaud.

Nous croisons d’autres femmes qui sont, elles aussi, couvertes de la tête aux pieds.

Sif

À Sif, nous nous arrêtons au Ribon Hotel, sur la rue principale, pour acheter du miel. Le miel du Wadi Dawan est considéré comme étant le meilleur du Yémen. Malheureusement, le couvercle n’était pas hermétique et il a fallu que je me défasse de mon achat avant la fin du voyage.

Al Hajjarayn

Nous arrivons à Al Hajjarayn.
C’est le moment de se dégourdir les jambes. Notre guide, avec son arthrose, en “arrache” même s’il avait pris la précaution de se faire injecter un “médicament” en prévison de cette marche. Après la montée, nous redescendons vers l’oasis pour le dîner.

Shibam  (“Manhattan du désert”)

Shibam, en plus d’être très ancienne, est spectaculaire. Ses immeubles, hauts de plusieurs étages, sont construits en pisé de couleur banche et ocre.
C’est ici que notre guide nous a introduit à la culture yéménite. Un étage pour les hommes, un autre pour les femmes…. À ma question sur le mariage, il m’a expliqué que sa fille pouvait marier l’homme qu’elle voulait… en autant qu’il s’agisse de l’homme qu’il avait choisi pour elle!

Province de Shabwa

Nous reprenons la route vers l’ouest et traversons la province de Shabwa.
Surprise… un café internet! Je m’y suis arrêtée mais, pressée par le temps, je n’ai pas réussi à me connceter.

Il fait chaud!
Les femmes travaillent aux champs et comme bergères, les hommes à la fabrication du pisé.
Remarquez la tenue vestimentaire des uns et des autres.

Il y a de quoi faire chaud, nous sommes dans le désert… le Rub al Khali (le quart vide en arabe).

Nous nous arrêtons et établissons notre campement au milieu de nulle part.

Les dunes sont exceptionnelles. Les plus belles que j’ai jamais vues.
Les chauffeurs s’en donnent à coeur joie pour nous donner des émotions fortes.

Nous reprenons la route tôt le lendemain matin.
En chemin, nous croisons de nombreux postes de contrôle. Ceux-ci sont omniprésents au Yémen.

Province de Marib

Temple du Soleil

Nous nous arrêtons au Temple du Soleil. À l’époque, il était connu sous le nom de temple d’Awwan. Il s’agissait d’un sanctuaire. Les personnes poursuivies pouvaient y trouver refuge.
Aujourd’hui, le désert s’est réapproprié une bonne partie du temple. Il n’y a plus grand chose à voir.

Un vendeur était présent.  J’en ai profité pour lui acheter une petite statuette. On la voit dans sa main gauche.

On remarque la jambia. Tous les hommes en portent à la ceinture.

Temple de la Lune

Sur le panneau, on peut lire Arch Bilqis (trône de Bilqis).
Sur le site, on voit que les 5 colonnes du temple de la Lune sont toujours debout. Ça aurait été intéressant d’avoir un guide pour nous expliquer l’histoire et les tenants et aboutissants du lieu. Ce n’était pas le cas. Dommage.

Plus loin, lors d’un arrêt, on a vu plusieurs dromadaires au travail. Les yeux cachés, ils sont utilisés pour moudre le grain.

Digues de Marib

Nous nous trouvons maintenant sur les lieux de l’ancienne grande digue de Marib.
Les vendeurs avec leurs étals sont omniprésents au Yémen.

Ici, la nouvelle digue de Marib.

Marib

Avant de nous rendre à la ville nouvelle de Marib, nous passons par le Vieux Marib.
Les maisons sont en ruine. En raison d’un manque de soin et d’entretien mais aussi, pour beaucoup, en raison des bombardements de la guerre civile des années 60.

Encore aujourd’hui, je me demande ce que cette femme faisait là. Assise, seule, au milieu des ruines.

Marib, c’est l’ancienne capitale du Royaume de la Reine de Saba.

Au restaurant, en tant que groupe et en tant que touristes, il nous était possible de manger tous ensemble.
Pour les locaux, il y avait des séparations pour les familles. Les femmes pouvaient ainsi manger à l’abri du regard des hommes.

Les armes étaient omniprésentes. Même au restaurant. Je me rappelle, en voyant une “kalachnikov” rafistolée à quelques pouces de mon visage, avoir eu la réflexion suivante: s’il l’échappe et que l’arme tombe à terre, c’est sûr que les coups vont partir. Le cran de sûreté, s’il y en a un, n’est sûrement pas fonctionnel!

Sanaa

Nous voilà de retour à Sanaa, la capitale.
Si l’on en croit le folklore yéménite, Sanaa a été fondé par Sem, l’un des fils de Noé.
Au loin, sur certaines photos, il est possible de voir le smog qui englobe la ville.

En sortant de l’hôtel: réfection de la rue (à notre retour, la réfection sera complétée), affiches diverses…

Bab al Yaman et ses environs.
Les tours de la porte Bab al Yaman ont été transformées en galerie d’art populaire moderne.

Bab ash Shaub et ses environs.

Province de Ibb

Au loin, on aperçoit différents symboles sur les montagnes (soleil, cheval). J’ai questionné mon guide à ce sujet… difficile d’avoir une réponse claire.
En cherchant sur internet, j’ai trouvé que le cheval cambré était l’emblème du Congrès Populaire Général (CPG), le parti politique du Président Saleh et que le  soleil, le symbole du Parti Islamique de la Réforme (Al Islah).

Nous arrêtons, en ville, faire des provisions en prévision du repas du soir et un peu plus loin sur la route, pour refaire des réserves en eau.
Nous croisons des panneaux  interdisant les armes et, à ce qu’il me semble, des caches pour faire de la surveillance…

Jiblah

Jiblah, ancienne capitale du Yémen.
C’est ici qu’est enterrée la reine Arwa qui a régné au XIe siècle.

En tant que non musulmans, nous n’étions pas autorisés à circuler à l’intérieur de la mosquée mais… moyennant un léger “bakshish” (pourboire), il était possible de prendre certaines photos.

Djebel Rabadi

C’est ici que nous installons notre campement.
Nous sommes à 2800m d’altitude. L’atmosphère est fantasmagorique.

Au réveil, beau ciel bleu.

Journée de marche à la découverte du Djebel Rabadi, le grenier du Yémen. Nous croisons des écoliers, des agriculteurs…
Il n’était pas inhabituel de croiser des gens qui tenaient à ce qu’on les prenne en photo.

Nous sommes escortés, un peu contre notre gré, une bonne partie de la journée. Police? Milice? C’était pas clair. Ce qui était clair c’est qu’en fin de journée, il a fallu donner un “bakshish” en guise de “remerciement”.

Même à l’époque, les cellulaires étaient populaires!

Le temps de la récolte…

Oups, 2 fois plutôt qu’une… nous avons eu 2 crevaisons!

Province de Taizz

Taizz  (forteresse al Qahira)

La forteresse Al Qahira de Taizz. De vieux documents du XIe siècle en font mention. Al Qahira, forteresse dite imprenable.
Avec le conflit qui sévit, elle a malheureusement été fortement endommagée.

Commerces, bijoux, henné…

Province de Al Hudayda

Khokha

Kohkha, au bord de la mer Rouge.
Nous nous installons au Moka Marine Village pour la nuit.

Chantier naval, pêcheurs…

Zabid

Zabid est l’une des villes les plus anciennes du Yémen.

C’est à Zabid  que j’ai vécu l’un des moments les plus malaisants du voyage.
Nous nous étions arrêtés pour prendre un thé chez un notable de la région. À la sortie, je vois mon guide discuter avec l’un des hommes de la maison. J’avais l’impression qu’ils parlaient de moi. Je me suis alors dit que je les avais peut-être offusqués en goûtant à peine le thé offert et que le guide tentait de calmer le jeu. J’ai su, par la suite, qu’ils avaient effectivement parlé de moi. Non pas, parce que j’avais offusqué le notable en question, mais parce qu’il voulait entrer en contact avec mon père ou mon frère pour entamer des discussions sur une union!
Et là, contrairement à d’autres pays où l’on offre, à la blague, tant de chameaux pour telle ou telle femme, j’ai vraiment senti que ça aurait pu devenir problématique.

Bayt al Faqih

Nous passons par Bayt al Faqih.
C’est le jour du marché. Il y a de tout pour tous… même des poussins teints de toutes les couleurs!

Province de Sanaa

Achat de bois et de pomme-cannelle.
Nous sommes dans la région de Manakha et campons dans le djebel Haraz.
Balade à pied à travers les villages du djebel Haraz. De toute beauté.

Nous arrivons à Al Hajjara, village historique et touristique.
De nombreux kiosques de souvenirs et de magasins d’antiquités à l’entrée.

Manakha

C’est à Manakha que nous nous arrêtons pour dîner.
Nous avons droit à des chants et à des danses du pays. Il est à noter qu’il n’y a pas de femmes pour cette animation touristique. Que des hommes.

En fait, tout au long du voyage, il n’y a eu aucun contact avec les femmes.
Les guides, les restaurants, les hôtels, les souks… que du personnel masculin.

Province de Al Mahwit

Nous arrivons au village de Kawkaban (3000m) par une petite route de montagne. Ce village, nous dit-on, est mentionné dans l’un des Contes des Mille et une Nuits de Shéhérazade.

Nous logeons à l’hôtel. Je n’y connais rien en électricité mais les fils électriques de la salle de bain… ça faisait vraiment peur!

Shibam

Le lendemain, nous descendons sur Shibam par le sentier en dalles de pierre qu’empruntent les villageois.
Nous croisons des maisons troglodytes.

Thilla

Thilla se dresse à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Sanaa.

Wadi Dhahar

Dar al Hajar, à Wadi Dhahar, est l’édifice-symbole du pays.
Un imam du siècle dernier aurait fait construire sa résidence d’été sur ce piton rocheux.

 

C’est sur cette étonnante construction que se termine ce voyage.

Le Yémen est aujourd’hui à feu et à sang.
Un conflit meurtrier fait rage depuis les dernières années.

“Even war has rules”
“Même la guerre a des règles”

Malheureusement, au Yémen, le Droit International Humanitaire n’est pas respecté…